En ce jour du jeudi 20 mars 2003. Évidemment, le mieux serait de faire silence et de glisser ici une page blanche. Il y aurait de bonnes raisons à cela, plein de bonnes raisons, il n'y aurait en vérité que de bonnes raisons. Parce que, tout d'abord, dans les guerres qui commencent, c'est toujours la raison qui s'estompe. À compter de cet instant, tenons pour douteux les résultats des matches de football mêmes. Par exemple, on nous dit ce matin que cette guerre qui commence n'a pas vraiment commencé. On nous apprend un nouveau mot militaire, le prélude, que jusque-là nous affections à la musique, à Bach, aux faunes, aux après-midi, à Debussy ou Ravel, enfin à quelque chose qui n'aurait pas dépassé le vingtième siècle. Voici donc le "Prélude au Tomahawk", version courte d'un livret qui s'écrit sous nos yeux et que Condoleeza Rice ne reniera pas, elle dont le prénom est démarqué, en hommage à un grand-père pianiste, de cette notation musicale tout en nuances italiennes : "con dolcezza", bien en douceur, donc. On frémit à l'idée que ce commencement de guerre eût été baptisé "préliminaires" ; on en frémit mais c'eût été plus juste en même temps.
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