Et cependant, ce que l'on lit ici est un hommage. Comment dire que les engagements peuvent l'emporter, au final, sur les redditions et les concessions ? Comment dire que nous préférons encore, ici, traiter avec le trouble de l'homme déconcerté qu'avec les convictions certaines de l'homme qui entend redessiner le monde à l'image de Dieu ? L'homme tué de deux balles avait les mains sales et c'est avec ces mains sales qu'il a fouillé les contradictions d'un pays, qui de Karadzic à Mladic, a encore tellement de passé à faire passer. Il était, tout fragilement, en train de tamiser ce que la Serbie a de plus haïssable : ces chefs de guerre et de gangs, les mêmes, qui déchirent encore aujourd'hui Belgrade avec leurs lunettes fumées, leurs habits kakis, leurs tee-shirts noirs et leurs voitures blindées. Il a peut-être compris trop tard qu'être Premier ministre en Serbie aujourd'hui, c'était avant tout être dans l'opposition à un pouvoir occulte qui fait dans le racket, la cigarette et les armes et qui n'hésite jamais sur les cartouches. Il laisse un pays alarmé et des enfants perdus : avouons que nous avons peur pour eux.
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