p 31. En ce jour, l'éditorial.
p 33. Lautresuite
En ce jour du jeudi 13 mars 2003. L'homme tué de deux balles a dû arracher un sourire dans les prisons de La Haye. Zoran Djindjic était le Premier ministre d'un pays sans Président, un pays qui s'est "désappelé" à plusieurs reprises depuis 1991 et qui, aujourd'hui, rassemble ses abattis sous le nom d'Union de Serbie et du Monténégro. C'était quelqu'un dont on ne pouvait pas parler sans terminer sa phrase par un "mais" conjonctif et suspensif. Par là, il ressemblait à son pays : aux phrases qui concernent la Serbie d'aujourd'hui, l'on ajoute généralement cette notation restrictive qui marque aussi un désarroi, une crainte ou une amertume. S'il existe encore une île en Europe, c'est la Serbie. Djindjic figurait ce gouverneur isolé traitant avec toutes sortes de pirates abordant ses rivages. De toute sa vie, il n'a jamais fait d'omelettes sans casser des œufs. Il a livré Milosevic au TPI, c'est entendu. Mais il était aussi sur les collines de Sarajevo. Il lisait Habermas, c'est sûr. Mais il négociait à l'écart de l'homme les rapports de force qui le feraient roi. Il vivait avec cela, une société gangrenée par la brutalité, le mensonge et la dissimulation. Il aurait pu être Gandhi, mais il a été Djindjic ; il a été assassiné comme Mohandas, mais il est mort comme Zoran.
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