En ce jour du mardi 11 mars 2003. Faisons le tour du massif, ça nous fera une promenade. Les armes de destruction sont massives, les licenciements sont massifs, les expulsions sont massives. Hier, nous parlions des chiffres par quoi se scandent nos jours à venir. Aujourd'hui, sortons nos numéros : soyons un instant Patrick McGoohan dans "Le Prisonnier", habitons un moment ce village de Portmeirion que son architecte, Clough William-Ellis, bâtit pour en faire un centre de réflexion intellectuelle et qui finit en allégorie totalitaire, et hurlons avec lui que, non, nous ne sommes pas des numéros et que, oui, nous sommes des hommes libres. Ouf, ça fait un bien fou, maintenant que c'est dit. Alors, les 140 Al-Samoud 2, les probables 50.000 morts et les possibles 200.000 victimes ; les 5000 d'Arcelor et les 830 de Metaleurop ; les charters affrétés pour Abidjan ou Dakar : tout ça paraît brut de décoffrage, taillé à la serpe, grossier, mal dégrossi, on fait à peine le détail ( c'est-à-dire qu'il nous arrive tout de même de temps en temps de saisir un nom au vol, cela humanise d'un coup un numéro de lui prévoir une voix, un prénom ou un visage ), et nous vient cette idée que si tout est si massif c'est que nous serions, nous, pour ce qui nous concerne, totalement "à la masse".
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