Hé bien, alors qu'hier nous cherchions comment (mieux) vivre ensemble, aujourd'hui nous nous demandons simplement pourquoi les gens ne se tuent-ils pas (plus) dans la rue. Qu'elle est embarrassante la question du pourquoi. Elle empêche de rationaliser. Elle ne permet plus de s'échapper dans le concret. Avec elle, on ne calcule plus : on passe de l'action à l'abstraction quand certains doutent que l'abstraction aussi soit un engagement. Aussi bien, nous voilà rendus à dessiner de nouvelles cosmogonies. Il nous faut valider — il nous faut valider à tout prix — le pourquoi de la vie ensemble, le pourquoi du voisinage, le pourquoi du coudoiement, le pourquoi, en bref, de ce lien sur lequel ils sont trop nombreux à tirer. Car, on l'aura aperçu, ce petit mot de "lien" reste notre tronc commun. Parce qu'il n'existe pas d'homme délié. "Je ne suis pas croyant, mais vous ne trouverez jamais quelqu'un de plus religieux que moi", a dit un jour Robert Desnos. Avec ça, on fait un sort aux prédicateurs du comment. Avec ça, on ne se trompe pas. Nous devons à toutes forces réécrire le livre des liens de l'homme. Si les mots ont un sens, nous parlons bien de poésie politique.
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