Le fil barbelé ne protège pas contre l’extérieur, mais contre l’intérieur. Il renvoie au découpage de l’espace, à sa catégorisation, à la parcelle, au partial. Le fil barbelé protège l’extérieur de la contamination culturelle, des échanges, des rencontres. Le fil barbelé crée des espaces en réduction, que ce soit des champs ou des camps. Il n’y a pas de meilleur ami des génocides que le fil barbelé. Il n’y a pas non plus de meilleur ennemi de la complexité."
Pourquoi donc reproduire cela aujourd'hui ? Pourquoi revenir sur cette métaphore du fil barbelé ? Pour dire que cette diagonale qui va de la culture à la clôture résiste au temps. Que l'on ne peut ni clôturer sa culture, ni se la laisser clôturer. Car l'histoire n'en finit pas de remanger ses barbelés. Nous n'avons jamais aboli l'esprit colonial — comme l'on pourrait dire que nous avons aboli l'esclavage —, et nous continuons de payer cette inconséquence. Car on sent, ici et là, que nous n'avons rien compris à ce qui nous est arrivé mais que nous sommes prêts à reproduire, en pire, ce que nous avons appris. Il ne sert même plus à rien de brûler les livres, puisque nous ne les avons pas lus.
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