A priori, il serait bien tentant de mégoter à
ces gens du Vaud et de Normandie leur idée de la tolérance
et leur sentiment du bien public. Mais non, on ne va pas le faire.
Car, si l'on se dit bien que ce divorce entre le local et l'État
dissimule sans doute l'écart que le village entend préserver
avec le monde, on peut aussi avoir le sentiment que l'État
défaille en laissant le monde diffuser son angoisse dans
ses périphéries. Bien sûr, il n'est pas de hameau,
pas de quartier, pas de rue qui soient en dehors du monde : nous
l'avons, ici, suffisamment plaidé. Mais, si l'accueil de
l'autre appelle sans doute du sacrifice, il ne peut jamais représenter
une perte. La négociation entre les biens et les liens prend
ici tout son sens : car il s'agirait bien de créer, à
partir d'une situation inédite et imprévue, une sorte
de richesse mutuelle, elle aussi inédite et imprévue.
Au lieu de cela, l'État impose et rend plus pauvre, il indispose
quand on aurait voulu qu'il propose. On comprend alors que les discours
enflammés, après que des mois de populismes ont passé
sur l'Europe, étaient du vent. La question reste toujours
de savoir où fourrer son fût toxique. Chacun, décidément,
dans ce monde, cherche son fût.
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