STRIKES AGAIN
© Conservation Départementale des Musées de la Meuse
Pour qui croit encore à la séparation des pouvoirs, il n'est pas douteux, cependant, que les temps du judiciaire et de l'exécutif ne s'épousent pas toujours. Cette distinction reste nécessaire, quoi que l'on en dise : elle fonde ce que nous appelons parfois indifféremment complexité ou chaos. Que des événements se surajoutent aux autres, même si l'on aurait voulu qu'ils empruntent d'autres routes et retiennent leurs temps, n'ajoute pas à la confusion mais l'éclaire. "Tout arrive, mais à l'envers" disait Roberto Juarroz, poète argentin. Cette percolation, où l'imprévu s'autorise quand on aurait voulu que la stabilité s'impose, est le vrai lieu du politique. C'est-à-dire cet endroit — et ce moment — où il ne s'agit pas seulement de gérer et de manager mais où il est question de s'enfoncer loin dans la chair du réel et de sonder les reins et les cœurs de ce qui constitue ces temps où nous vivons. C'est là que l'on attend le politicien dans la peau de l'artiste. Car à ne pas gérer, on doit parier. Tout devient alors question de vision. Nous nous sommes déshabitués de cela. C'est-à-dire que nous observons mais que nous ne voyons pas. C'est toute la question de l'œil qui parle mieux que la bouche.
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