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En ce jour du jeudi 6 fevrier 2003. À tout prendre,
on devrait faire silence. Ne prenons pas tout, parlons un peu. Hier
s'est ouverte une crise dans la civilisation. C'est au flacon qu'on
a vu ça : une burette d'anthrax agitée par Colin Powell
au Conseil de sécurité. C'était comme pour
le cochon d'Inde, "où seul le d apostrophe est authentique"
: la transparence ici était entièrement contenue dans
la silice. On doute, bien sûr, que le flacon fût rempli
d'anthrax. On se rappelle, aussi, que l'anthrax qui fit quelques
morts après le 11 septembre provenait d'un laboratoire des
Etats-Unis et circulait en interne. On ne voyait donc pas bien pourquoi
Colin Powell agitait son flacon. Ce petit mouvement de la main disait
tout de la crise dans la civilisation. Car ce n'était bien
entendu pas un flacon car bien entendu c'était une pipe.
On voudrait n'avoir pas vu cela, car allez donc vous coucher après
cela quand c'est précisément de vous coucher dont
il est question. On en était à espérer qu'il
n'avait pas tout dit ni tout montré, Colin Powell, et qu'il
ait gardé des choses par devers lui. Parce que nous, tout
ce qui nous restait, c'était de croire. Et Dieu dans tout
ça ?
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