p 76. En ce jour, l'éditorial.
p 78. Lautresuite
En ce jour du vendredi 24 janvier 2003. Il y a la jeune et la vieille Europe et, dans la vieille Europe, les gens d'en haut et les gens d'en bas. C'est l'équarrissage pour tous : on a commencé déjà à découper, chacun de nous figure sur l'étal, choisissez votre couteau, il est bien temps. Disons que je serais de la jeune Europe : je serais Polonais, j'achèterais des F16 ; je serais Espagnol, je ferais un gros déni sur la marée noire ; je serais Italien, je réviserais les manuels d'histoire pour que le marxisme soit définitivement effacé des mémoires. Oh, je ne ferais pas que ça, mais ça au moins je le ferais. Bon, maintenant disons que je serais de la vieille Europe, mais de celle d'en haut. En tout premier, je supprimerais des emplois, j'aurais une belle carte du continent et je serais le Napoléon de la sidérurgie, je soufflerais le froid et j'oublierais le chaud. Je ferais mes comptes : 7000 emplois ici, 3000 là-bas, 2000 encore plus loin. Je serais de la vieille Europe, j'en finirais avec la classe ouvrière. Dans un deuxième temps, j'irais dans les halls d'immeuble, je relèverais les identités, j'embarquerais, je garderais à vue. J'ennuierais aussi les pauvres. Je ferais lever les mendiants, je les empêcherais de parler dans les rues, je mettrais des muselières à leurs chiens.
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