les pacifistes ont pris l'habitude de se ranger du côté de la tyrannie quand leur ennemi principal était, d'abord, principalement, uniquement, américain. On a vu ainsi, des gens sur les ponts de Belgrade, cibles offertes aux avions, que l'on n'avait pas aperçus à Srebrenica, par exemple. Lorsqu'un horizon politique est bouché par la haine, il n'est plus politique. Or, tout se passe chez les pacifistes, comme si l'ennemi de leur ennemi devenait leur ami, rendant ainsi les armes à un manichéisme tant décrié par ailleurs. Cette pensée binaire — du blanc et du noir ou du bien et du mal, comme l'on voudra — envahit totalement l'espace de notre "imaginable". Ceci représente une première défaite dont les vainqueurs sont, de façon équipollente, George Bush et Saddam Hussein. Résister à la guerre, c'est aussi résister à l'absence de pensée, parce que ce qui n'est pas pensé, ce qui est irrationnel, mène de fait à la guerre. Faire pièce aux visées de Bush comme aux menées de Hussein, c'est se permettre de penser deux choses en même temps. C'est un luxe, au moment où chaque information dément l'autre et où la confusion et la manipulation nous rendent à chaque instant plus impotents. Aimons le luxe.
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