Ils nous sont plus précieux que jamais. Parce que l'on
commence simplement à comprendre qu'ils n'ont pas toujours
été âgés et qu'un résistant ou
un prisonnier des camps, par exemple, ne sont pas nés avec
des cheveux blancs, on prend sa propre mesure, on se cherche des
poux sur la tête, on y trouve des vastes éclaircies
et l'on ne dira rien des tempes. C'est toujours une surprise d'apercevoir
des photos de jeunesse — l'âge de la résistance
ou des camps — où vous leur trouvez décidément,
à ces anciens, le poil bien long, l'aspect zazou et le costume
déjà fatigué. Je pense à Arthur Haulot,
là, toujours connu chauve et glabre, il a 88 ans, et son
parcours est un héritage : le journalisme écrit puis
la radio à ses débuts, le socialisme clandestin, Saint-Gilles,
Mauthausen, Dachau, le tourisme social, la poésie, il fut
président de Causes Communes, il avait déjà
80 ans, penchez-vous dessus, c'est une merveille. Avant que les
bibliothèques ne brûlent, lisons-les. On voudrait ne
pas faire trop d'hommages. On voudrait n'avoir pas à saluer
sans avoir serré la main d'abord. Arthur aussi, travaille
toujours…
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