Et c'est aujourd'hui, après une instruction feuilletonesque (désaisissements, évasion, libérations, licenciements, démissions,…) que l'on décidera, à Neufchâteau, qui, parmi les inculpés, sera envoyé ou non aux assises. Mais comme cela fait tout de même quelques années que l'on hésite entre atermoiements et palinodie, on ne s'étonnera même plus que la première personne qui sera jugée, dans cette affaire, sera Carine Russo, la maman de Mélissa, — après que la première personne sanctionnée fut le juge Connerotte qui démêla l'affaire et retrouva les filles. Pour avoir écrit aux autorités et s'être plaint de la tournure que prenaient certains interrogatoires menés par un gendarme, un monsieur Dumoulin, voilà Carine Russo en correctionnelle. Le gendarme a mal supporté cette atteinte à son honneur, il a déposé plainte, il a gagné, on parle aujourd'hui de la justesse de l'état de droit. C'est, d'un bout à l'autre, magnifique. Pour être victime, encore faut-il au moins être un petit peu coupable, n'est-ce pas. On n'avait qu'à pas être la mère d'une enfant assassinée, voilà. Ou alors rester en deuil, ou le faire, mais ne plus se compromettre avec la vie. Carine Russo a déjà annoncé qu'elle ne se défendrait pas. On voudrait l'embrasser.
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