Bref, Breton ne nageait pas dans le bain tiède de l’autosatisfaction
partagée et de la convivialité générale.
Non seulement il se situait ailleurs, mais il proposait un programme
radicalement différent, qui consistait à ouvrir un
tout autre champ. Breton ne parlait pas, par exemple, de «
littérature » (« déluge sans colombe »,
disait déjà Marcel Schwob), mais de champs magnétiques.
Au fil du temps, la vie de Breton (c’est le cas de beaucoup
d’esprits de grande envergure) devint de plus en plus solitaire.
À la fin, face à une marée montante de médiocrité
bruyante et technicolore (il l’avait vue s’enfler aux
États-Unis), il en appelait même à l’occultation
nécessaire du surréalisme. Il y a, en effet, des moments
de l’histoire où la seule attitude digne, et efficace
à la longue, est la distance et le silence.
C’est cette distance et ce silence, et en même temps
tout un « champ magnétique » qui est représenté
par l’atelier de la rue Fontaine.
On peut dire bien sûr que l’essentiel du message de
Breton est dans ses livres, que l’œuvre complète
est en cours, et que le bradage tous azimuts du contenu de l’atelier
n’a somme toute pas grande importance.
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Mais l’atelier de travail de quelqu’un comme Breton
est une |uvre en elle-même. Un tel atelier est l’extériorisation
d’un cerveau. Si la plupart des « maisons d’écrivain
» préservées par des fondations privées
ou étatiques ont pour destin, sinon pour vocation, de n’être
que des haltes dans un circuit touristique, certaines peuvent devenir
des lieux symboliques de haute culture. Ce serait le cas de la maison
d’André Breton. J’aime le mot de Julien Gracq
à propos de l’atelier de Breton : « un refuge
contre tout le machinal du monde ». Mais, plus encore qu’un
refuge, c’était un foyer d’énergie.
Comment donc préserver ce foyer ?
Je veux croire que les services habilités à juger
de la question ont pris le temps nécessaire pour en arriver
à la conclusion que la configuration actuelle de l’endroit
rendrait l’ouverture au public pratiquement impossible. Mais
a-t-on envisagé toutes les possibilités ? On a maintenu
ailleurs, en tant que maison d’écrivain et lieu symbolique,
des appartements plutôt exigus et difficiles d’accès
: l’appartement d’August Strindberg à Stockholm,
par exemple.
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