En cet hiver 2003, la neige avait brusquement changé
de statut : une entrave à la libre circulation des biens
et des personnes, voilà ce que c'était que la neige,
un truc contre l'ouverture des frontières, un machin anti-Schengen,
bref encore un coup des bureaucrates bruxellois. Quant à
tous ces flocons qui bivouaquent sur nos autoroutes, on leur collerait
bien une amende ou mieux : on leur passerait les menottes et hop,
au poste. Des ministres ont reçu des usagers en colère
qui ne comprenaient pas pourquoi la neige avait délibérément
choisi : un, de ne pas tomber le soir de Noël ; deux, de ne
pas arroser comme c'est coutume les Alpes et les Pyrénées
mais de s'acharner sur le bassin parisien. C'est à des inquiétudes
comme celle-là que l'on peut mesurer le goût du risque
d'une société. Depuis quelques mois, des gens —
Jean-Pierre Dupuy, Ulrich Beck — nous invitent à nous
réconcilier avec le risque, c'est-à-dire aussi à
apprivoiser l'idée de la destruction et de l'autodestruction.
Cet hiver nous aura appris que le risque ne naît pas de l'exceptionnel
mais qu'il va de pair avec la banalité. J'aime bien l'hiver.
Cette année, le printemps tombera un 21 mars.
|