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En ce jour du jeudi 9 janvier 2003. Vite, vite, le tour
du danger. Ce qui se disperse, c'est aussi l'idée de la justesse
de ton. Il y a quelques jours, Reporters sans frontières
faisait connaître sa campagne d'hiver pour la liberté
de la presse. On y voit les photos des corps morts de Christine
Ockrent, Guillaume Durand et Emmanuel Chain. Front troué,
balle dans le cœur, gorge tranchée: l'essentiel, dit
Robert Ménard de RSF, c'est que cela soit efficace. Bien
des gens passent, comme cela, de la question de l'utilité
à celle de l'efficacité. C'est, en soi, une fort vieille
recherche. Dès que l'on décide cela — que pour
être utile encore s'agit-il d'être efficace —,
on engage avec soi-même et l'histoire un bras de fer perdu
d'avance. Car, être utile, c'est agir vainement. Plus justement,
c'est admettre Sisyphe et son rocher, les Danaïdes et leur
tonneau. On n'est vraiment utile que si l'on sait d'avance que cela
ne sert à rien. L'utilité est la valeur la plus vaniteuse
qui soit. L'orgueil est dans l'efficacité, comme le diable
dans les détails. Être efficace, c'est vouloir donner
un sens à la vanité. C'est croire à une mission
terrestre, c'est déjà être un peu dieu. L'utile
se dit qu'il fait quelque chose parce que cela doit se faire, l'efficace
fait quelque chose parce qu'il sait qu'il peut le faire.
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