On va donc vendre à la pièce ce chaos magnifique
au prétexte que l'univers entier ne trouve pas de repreneur.
Certains affirment que, de cette manière, ce qui était
caché, secret et reclus, se trouvera accessible et qu'enfin
— cet enfin en dit long — n'importe lequel d'entre nous
pourra avoir affaire avec ce magnétisme qui se dérobait
depuis bientôt 40 ans. Quant à moi, je reste incertain
qu'il faille découper une toile en petits morceaux ou déchirer
les pages d'un livre pour en faire profiter le plus grand nombre.
Le plus grand nombre ! De sa vie, Breton n'a jamais vendu, sauf
une seule fois, plus de mille exemplaires de ses livres. Dispersons
donc puisque c'est de cette façon que nous envisageons le
monde. Il disait cela, Breton, qu'il aimerait partir au cimetière
en camion de déménagement : eh bien, il l'aura son
camion, finalement. Le corbillard partira de la rue Fontaine pour
la rue Drouot, salle des ventes. L'estimation des enchères
se monte à 40 millions d'euros, et nous, nous en serons plus
pauvres. Hier, on a voulu ici sauver la Bosnie et maintenant, on
voudrait sauver l'appartement d'André Breton, mais c'est
la même chose, c'est payer ses dettes à la liberté.
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