Jour cinq, Hérode, les Hérode.


Hérode Ier, dit Hérode le Grand : fils d'Antipater, né à Ascalon en 73 av.JC et mort à Jéricho en 4 av.JC., roi de Judée et de nombreux autres territoires de 37 av.JC jusqu'à sa mort en 4 av.JC.. Le règne d'Hérode est un épisode de l'histoire qui suscite toujours quelques difficultés aux historiens, aux Juifs et aux Chrétiens. Les écrits de ses contemporains (Nicolas de Damas et - surtout - Flavius Josèphe) n'ont rien simplifié quant à la tentative d'un portrait "objectif", portrait déjà fameusement mis à mal et tronqué volontairement par les évangélistes Matthieu et Luc, d'ailleurs et évidemment incohérents entre eux à son sujet.

Hérode était à la fois juif et anti-juif, soutien de la civilisation romaine et lettré mais également capable de cruautés innommables. Brillant stratège de guerre et, à certains égards, homme politique clairvoyant et constructif. Réformateur efficace mais aussi naïf, superstitieux, esclave de ses passions et souvent au bord de la folie…

Dès ses débuts de jeune stratège en Galilée, il s'aliène le Sanhédrin en empiétant sur les prérogatives de la Suprême Cour. Obligé de fuir, il s'en souviendra.
Il combat courageusement et victorieusement à la tête de plusieurs légions romaines et revient finalement de Rome, couronné roi de Judée par le Sénat ("Rex socius et amicus populi Romani") en 37 av.JC..

Son retour et ce couronnement seront toujours considérés par les différentes factions juives comme une humiliation nationale : ils sont désormais les sujets d'un iduméen haï, un usurpateur à la solde des occupants romains…

Scrupuleux à payer les impôts, y ajoutant des cadeaux magnifiques aux empereurs romains et leurs alliés (il est l'ami de Marc-Antoine et Auguste le soutient), il accroît considérablement son royaume, en territoires et en richesses, bien au delà de celui de ses prédécesseurs les Asmonéens, réussissant quasiment jusqu'à sa mort à préserver la paix sur ses territoires.

Très généreux envers les juifs de la Diaspora, ceux-ci le lui rendent en assistant de plus en plus nombreux aux fêtes juives, dotant richement le Temple et dépensant largement à Jérusalem où ils trouvent théâtre et amphithéâtre comme chez eux.
Prudent, si Hérode multiplie les espaces de plaisirs, il fait également construire, agrandir ou rénover un grand nombre de forteresses qui lui permettent une surveillance constante des villes concernées : Antonia à Jérusalem, Samarie, Cypros, Antipatris, Massada, Jéricho…

Le peuple apprécie le travail que ces grands travaux leur procurent mais, ne rêvons pas, la pression fiscale est également à l'extrème limite du tolérable. Ce qui conforte également la haine des notables et des religieux de Palestine à l'égard d'Hérode, qui n'accepte plus leur emprise sur les organes du pouvoir.

En 37 av.JC, Hérode décime le Sanhédrin et le remplace par des hommes à lui, nomme son président à sa guise et limite son pouvoir aux questions strictement religieuses. Au Temple, il supprime le souverain pontificat à vie et fait venir de Babylone, Hananëel, un juif inconnu, pour l'exercer. Il nommera de même tous les futurs grands-prêtres.

Moderne et influencé par les penseurs grecs et romains, il comprend aussi l'intérêt à jouer des factions (des "partis") et des sectes. S'il laisse en paix les esséniens, il persécute les sadducéens et c'est la guerre froide avec les pharisiens. Leurs chefs sont tolérés et parfois consultés. Au Conseil Royal, il n'y a plus qu'un juif, Ahiab, tous les autres conseillers, ministres et fonctionnaires sont perses, égyptiens, grecs ou iduméens (Nicolas de Damas, Ptolémée, Euryclès…) Cette situation engendre la rage et la haine des notables juifs qui, par leurs écrits tronqués, feront tout pour qu'on se souvienne d'Hérode comme un non-juif, un fonctionnaire romain, un tyran idiot…

Il faut bien reconnaître qu'Hérode lui-même contribue lentement mais sûrement à la dégradation générale de sa situation. Dès les années 20 av.JC, malgré la prospérité, la paix, le renom du royaume de Judée, la splendeur du Temple et de la cour, Hérode sombre dans la paranoïa et condamne tout ce qui lui fait ombrage ou porte un indice de soupçon. Particulièrement en ce qui concerne sa famille dont il fera successivement exécuter ses femmes, sa belle-famille, jusqu'à ses propres fils quelques jours avant sa mort… Ce qui fit dire à Auguste "qu'il valait mieux être le porc d'Hérode que son fils", Hérode ne consommant pas de porc.

À sa mort en 4 av.JC, ce qui reste de sa famille, son fils Hérode Archélaüs, né de la samaritaine Malthacé, se rend à Rome. Auguste ne lui concède plus que le titre d'ethnarque. Sa cruauté et sa tyrannie provoquent sa destitution par Auguste en l'an 6 de notre ère (c'est l'Archélaüs de Matthieu 2, v.22).

C'est ensuite Hérode Philippe (4 av.- 34 ap.JC) qui est établi tétrarque de tous les territoires à l'est du Jourdain. Bon administrateur et pacifique, il eut un règne tranquille, bâtit Césarée de Philippe, aggrandit et embellit Bethsaïda. (C'est le Philippe de Matthieu 14, v.3 et de Luc 3, v.1).

A sa mort, c'est son neveu Hérode Antipas (4 av./39 ap.JC) qui lui succède avec le titre de tétrarque de Galilée et de Pérée(Antipas est le fils d'Aristobule, un des fils assassinés d'Hérode Ier). Il bâtit Sepphoris, Julias et surtout Tibériade. Subjugué et séduit par Hérodiade, fille de son frère Aristobule et déjà mariée à son autre frère Philippe qui la lui cède, il se fait battre par son ex-beau-père Arétas du royaume arabe des Nabatéens, limitrophe à la Pérée qu'il perd.

C'est à la suite des reproches de ce double inceste que lui adresse Jean le Baptiste qu'il le fait décapiter (c'est le Hérode de Matthieu 14, Marc 6 et 8, Luc 3, 8, 9 13, 23 et Actes 4 et 13). Soumis à sa femme, il en appelle à Caligula (37 ap.JC) qui le prend mal et l'exile à Lyon, à Saint-Bertrand-de-Comminges puis en Espagne. Sa tétrarchie est attribuée à Agrippa.

Il y a donc toujours eu un problème avec Hérode, pour ne pas dire "les Hérode(s)". Les écrits juifs, principalement religieux, qui nous ont été transmis ont perpétué l'image du tyran non-juif, suppôt de Rome et prônant une politique antijuive.

L'évangéliste Matthieu, peu préoccupé par la véracité des faits historiques, s'est essentiellement attaché à la symbolique chrétienne inspirée d'un mélange de faits, parfois historiques, plus souvent ressortant de mythes et légendes. Ne pouvant nier l'importance de Hérode, il en a altéré les actes et le personnage pour mieux les placer dans sa vision de la Nativité et des Rois-Mages. Il rend Hérode responsable du recensement et du Massacre des Innocents. Mais aucune trace ni écrit n'ont jamais pu étayer le dit massacre, même pas et encore moins à la lumière des travaux de son contemporain historien, Flavius Josèphe.
Le recensement était voulu par Rome qui souhaitait par là mieux connaître l'état des populations et vérifier l'adéquation des comptes et enrôlements. A cette époque, il était du ressort de Quintinius, préfet romain, dont rien dans les archives retrouvées ne font allusion au moindre massacre provoqué par ce recensement, en général très pacifique et accepté par les populations.

Luc, dans un préambule à son évangile, prétend faire aussi œuvre d'historien.
Si l'on peut reconnaître qu'il s'y essaie, n'oublions pas l'état des connaissances et des documents de son époque (il n'a pas eu accès aux documents de Flavius Josèphe), pas plus que son réel prosélytisme. Il a encore accentué le mystère de la naissance de Jésus en le situant à une autre époque que Matthieu, non plus sous le règne d'Hérode Ier mais bien sous celui de Philippe ou d'Antipas…

Enfin, n'oublion pas que c'est l'église catholique romaine, au IV ème siècle de notre ère qui a imposé (et légiféré dans ce sens) de manière uniforme et définitive Noël et la Nativité, principalement et avant tout pour instaurer un culte catholique à la place des dates similaires de fêtes païennes ou d'autres religions. Perpétuant ainsi, indirectement, la mauvaise image d'Hérode.

Au total, il est pour le moins dommage qu'une bonne part de l'humanité actuelle méconnaisse la véritable personnalité d'Hérode qui, dans les faits réels, fut un grand roi de son époque, relativement moderne dans l'exercice de son pouvoir, tant dans son ouverture aux conseillers étrangers que dans ses dérives tyranniques, ainsi qu'un grand bâtisseur.