Jour vingt quatre, enfin Jésus


Nous sommes le 25 décembre. Jour du solstice d’hiver dans le calendrier julien. Les tableaux montrent clairement une scène de temple. Au centre l’enfant, celui qui arrive, qui est promesse, qui symbolise le retour de la lumière. Au cœur de la nuit la plus longue, il est la lumière qui revient, lumière de nature messianique, annoncée dans la Torah par Balaam :
« Une étoile est issue de Jacob, un sceptre a surgi en Israël » (Nombres XXIV, 17).

Ce Jésus ne s’appelle pas Jésus mais Ieshoua c’est-à-dire Josué. Si nous lisons les textes des Évangiles comme une réponse aux questions que ses rédacteurs se posaient à la lecture de la Bible, Jésus est le nouveau Josué. Et qui est le premier Josué ? Rien de moins que le successeur de Moïse à la tête des Hébreux. Celui que l’éternel désigne pour traverser le Jourdain et conquérir la Terre promise. Il en massacre tous les habitants, hommes, femmes, enfants et bêtes. Et si Jésus-Josué naît à Bethléem, ville natale du roi David, c’est que Bethléem, la maison du pain est aussi la maison des massacres. Le massacre des innocents n’est pas loin. Pas loin non plus cette parole évangélique : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre. Je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée » (Matthieu, 10, 34).

Jésus naît dans une étable c’est-à-dire une construction en bois. Il est déposé dans la mangeoire des animaux, joliment baptisée crèche. De bois elle aussi. Le Temple n’est pas en pierre, il est en bois. Joseph est charpentier. À l’autre extrême de sa vie, Jésus mourra non selon la loi juive, lapidé pour sacrilège, mais selon la loi romaine, sur la croix, c’est-à-dire à la fois « élevé » et attaché au bois. Bois à la naissance, bois à la mort. Les deux scènes sont symétriques.

Le messie est au centre, entouré par deux autres personnages. Dans la scène de la nativité, Marie (Myriam, nom de la soeur de Moïse) et Joseph (celui des 12 fils de Jacob-Israël qui a été vendu par ses frères et est parti en Égypte). Mais aussi le bœuf et l’âne. L’allusion est polémique. Isaïe écrit « Le boeuf connaît son possesseur et l’âne la crèche de son maître ; Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (I,2). Polémique avec ceux qui ne reconnaissent pas la lumière comme lumière, le messie comme messie. Jean dit : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas trouvée ». Le boeuf et l’âne eux l’ont trouvée et ce parce qu’en bonne gémâtrie hébraïque, leur valeur est la même que celle de «messie».

Dans la scène de la passion, le Christ est entouré du « bon » et du « mauvais » larron, le bien et le mal. Le bois c’est l’arbre. Il y a deux arbres dans le jardin, l’arbre du bien et du mal, la Loi, et l’arbre de vie, le Verbe. Prédication de Pierre : « Le seigneur est appelé Loi et Logos. » Jean précise : «Au commencement était la parole. En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes». La lumière est donc l’arbre de vie.

Dans la fête de la nativité, le sapin, arbre toujours vert, est cet arbre de vie, cette lumière qui arrive, qui s’annonce et qu’il faut reconnaître, encore cachée dans les ténèbres de la plus longue nuit.

 


Revoir... l'avent, après.

Jour 1, de l'hospitalité (Paul Hermant)
Jour 2, retour sur l'hospitalité (Paul Hermant)
Jour 3, les bergers (Paul Hermant)
Jour 4, la crèche (Michel Jocquet)
Jour 5, les Hérodes (Jean-Luc Leroy)
Jour 6, le recensement (Serge Bailly)
Jour 7, l'âne et le bœuf (Michel Jocquet)
Jour 8, sur l'errance (Michel Gheude)
Jour 9, Nazareth (Michel Gheude)
Jour 10, la bougie (Eric Masquelier)
Jour 11, l'an 1 (Charles Seife)
Jour 12, sur Joseph (Olivier Guyaux)
Jour 13, les anges (Sébastien François)
Jour 14, l'étoile (Serge Bailly)
Jour 15, les rois mages (Jean-Luc Leroy)
Jour 16, Marie (Léon Saur)
Jour 17, Bethléem (Dan Alexe)
Jour 18, l'empire romain (Serge Bailly)
Jour 19, sur la Galilée (Sébastien François)
Jour 20, les moutons (Eric Masquelier)
Jour 21, Jean le Baptiseur (Olivier Guyaux)
Jour 22, Noël (Paul Hermant)
Jour 23, retour sur Marie(Michel Jocquet)
Jour 24, enfin, Jésus (Michel Gheude).


La photo est de Eric Masquelier, la mise en page de Anne Degavre, l'animation flash de Alain Chang et les musiques de Benjamin Lew.
Le texte de Charles Seife est tiré de "Zéro. La biographie d’une idée dangereuse", JC Lattès, 2002.