Jour vingt deux, Sur Noël


Se croisent, dans Noël, au moins deux mystères : celui des origines et celui de l'étymologie. Cette période de l'année, la fin du mois de décembre, correspond assez sûrement en Occident, à des moments festifs fort archaïques, célébrant le solstice d'hiver (solstice, du latin sol stare, moment où le soleil s'arrête). Au Nord de l'Europe (la fête de Yule scandinave qui ressemblait à Halloween) comme au Sud (les Saturnales romaines qui évoquent l'époque du carnaval), le solstice d'hiver est l'occasion de célébrer la mort et la renaissance.

La peur que le soleil s'affadisse plus encore sur l'horizon jusqu'à disparaître fit ainsi, du côté nord, revenir les défunts et, du côté sud, arriver orgies et inversions sociales. En toute hypothèse, selon Martyne Perrot (Ethnologie de Noël, chez Grasset) cette fête évoquant le soleil serait donc, comme la Saint-Jean, une fête du feu, ce que rappelle encore aujourd'hui la bûche qui n'a pas toujours été glacée.

Si l'on se trouve d'accord sur la période, la date même du 25 décembre est déjà plus problématique. Selon toute probabilité, en effet, le solstice d'hiver prend place le 21 et non pas le 25… Beaucoup ont glosé là-dessus et notamment Van Gennep, l'homme des rites de passage. Certains, comme d'habitude, expliquèrent ce changement de date par un mauvais calcul des Anciens. D'autant qu'il n'y avait, rien, dans les Évangiles, qui souligne ou signale cette date. Plus que cela, durant les trois premiers siècles du christianisme, l'on se garda bien de célébrer autre chose que la mort du Christ. La naissance, si l'on peut dire, vint plus tard.

On hésita alors sur le jour précis. Parmi les hypothèses qui circulèrent, le 6 janvier accueillit assez longuement les faveurs des exégètes, tandis que d'autres, signalant que la présence de bergers autour de la crèche ne s'imposait pas en hiver, renvoyèrent la date au mois de mars, le 28 assez exactement. C'est l'Empereur Constantin qui, vers 336, fixa définitivement la naissance de Jésus au 25 décembre.

L'étymologie du mot amène d'autres surprises. En gros, trois possibilités : la latin "nativitas", le gaulois "Noio Hel" et le latin, de nouveau, "novella". Nativitas est clairement la source d'où émanent le "Natal" portugais, le "Nativitad" espagnol ou l'italien "Natale". Cette famille de mots renvoie par exemple aussi à naïf, nation ou naturalisation. Mais le O de Noël, dans l'acception française, a fait s'arracher les cheveux des linguistes. Le mot dériverait-il alors de "novella" où le O est bien présent, cette fois ? Ce "novella" (nouvelle) semble en tout cas avoir ouvert la porte à l'expression médiévale "Noël" que l'on clamait lors de l'irruption d'une bonne nouvelle : la naissance d'un prince héritier, par exemple. La dernière possibilité est donc ce "Noio Hel", d'origine gauloise et signifiant "nouveau soleil" dont la sonorité, il est vrai, est fort cousine du mot actuel. D'évidence, cette hypothèse nous renvoie, une fois encore, au solstice d'hiver.

Ce serait donc cela, Noël, un moment de confusion historique et linguistique : une remise-reprise de la tradition en même temps qu'un syncrétisme étymologique.

On s'en voudrait de terminer là-dessus, et de ne pas compliquer encore un peu l'affaire. Chacun sait que Noël est l'anagramme de Léon. On croit à tort, souvent, qu'il s'agit aussi d'un palindrome. Que nenni. Avec Jean-Pierre Colignon, admettons qu'il est bien question ici d'un anacycle. Le palindrome se lit dans les deux sens, comme radar ou Laval, les deux plus connus. L'anacycle, lui se lit de droite à gauche et de gauche à droite. Nous vous prions, désormais, de ne plus entretenir la confusion.