Jour vingt et un, Jean


Jean le Baptiseur est une figure emblématique de la narration. Déclaré cousin de Jésus par sa mère, le personnage de Jean est avant tout présenté comme celui qui prépare. Mais on peut se rapporter avec beaucoup d’intérêt sur la confusion née de la poésie du premier chapitre de l’évangile de Jean, —Au commencement était la lumière... – en prenant comme axe de lecture la possibilité d’un agglomérat en un seul personnage de Jean le Baptiseur et de Jésus .

Cet axe est étayé par les textes gnostiques découverts près de Nag-Hammadi, en 1945. Nous y découvrons notamment que Jean le Baptiseur a joué dans la naissance du christianisme un rôle beaucoup plus important que ne le laissent supposer les évangiles canoniques. Ainsi, c'est Jean qui serait à la base du simonisme, cette Gnose qui surgit en Samarie peu après la mort de Jésus et qui constitue une des clés du problème de la transformation de la doctrine de celui-ci en ce qui allait devenir le christianisme.

Le Jésus mis en scène dans le IVe Évangile canonique — l'Évangile « de Jean », précisément — semble en réalité un composé de plusieurs personnages, dont le Baptiseur... Dans sa première version, cet évangile ne contenait pas le prologue consacré au Verbe. Ephèse — où le texte du IVe évangile fut plusieurs fois remanié, avant de l’être encore au moins une fois à Rome — devint le centre de rassemblement de tous les disciples du Baptiseur jusqu’au moment où ceux-ci furent absorbés par l’Eglise nazaréenne de Rome qui reprit d’eux le qualificatif de « chrétiens ».


Le quatrième évangile diffère des trois autres évangiles synoptiques en ceci qu’il n’introduit pas Jean-Baptiste comme précurseur mais comme témoin. Dire que Jean-Baptiste n’était pas la lumière, c’était attirer l’attention sur celui à qui Jean rend témoignage et sans doute couper court à la polémique entretenue par les disciples de Jean Baptiste considérant leur maître comme le Messie. Les répercussions de ces remaniements du quatrième évangile furent très importantes. D’une part, certains continuèrent à considérer Le Baptiste comme le plus grand des prophètes, ce sont les mandéens dont la secte existe encore de nos jours en Iraq. D’autre part, les Johannites éphésiens contre lesquels le concile de Trente déclara anathème « quiconque dit que le baptême de Jean a la même vertu que le baptême du Christ ». Enfin des chrétiens, les Alogues, qui refusèrent d’admettre que le Logos se fût incarné parmi nous et pris forme humaine. St Augustin lui-même avant sa conversion avait trouvé, lui aussi, honteux le mystère de l’incarnation « puisque toute chair est souillure (confession V ,10)».

La question de Jean Baptiste n’est pas simple : elle annonce une vision d’une autre dimension et d’une autre longueur d’onde. La vision réductrice et conforme catholique lui donne pour fonction, comme à tous les prophètes de l’Ancien Testament, de ramener à l’observance de la volonté de Dieu un Israël toujours tenté de se replier sur ses privilèges de peuple élu. Les rôles sont bien définis, les poules sont bien gardées.

Et si de la Nativité, de Joseph, de Jésus, Marie, Baptiste, des anges et de ses personnages peu ou pas n’avaient existé - ou s’étaient confondus - cela aurait-il mis le Verbe en danger ?