Jour quinze, les rois-mages


Tout l'épisode provient de quelques lignes rapportées dans l'Evangile de Matthieu (ch. 2) : des mages d'Orient (ni le nombre, ni le statut social ne sont précisés), guidés par une étoile arrivent à Bethléem en Judée, après être passés par Jérusalem et avoir rencontré Hérode. Ils atteignent Bethléem et l'endroit (la grange ? la grotte ?) où se trouve l'enfant, se prosternent pour l'adorer et lui offrent des présents de valeur, de l'or, de la myrrhe et de l'encens. Repartis chez eux par un autre chemin pour ne pas repasser chez Hérode, on n'entend plus jamais parler d'eux, ni dans l'Evangile ni dans aucun autre texte du Nouveau Testament…

L'épisode est "magique" et cependant trop séduisant pour rester à l'abri de tout embellissement forcé : les écrits chrétiens et la piété populaire s'y sont largement employés.Le thème des mages est déjà le motif le plus répandu dans les Catacombes romaines. Ils deviennent des rois chez Tertullien (160-225 env.) et ils sont déjà trois pour Origène (185-250 env.). Ils sont trois parce qu'ils portent trois présents, dont le symbolisme a très vite été interprété par les Pères de l'Eglise : l'or de la royauté, l'encens pour la divinité et la myrrhe pour l'humanité (servant à embaumer les corps, donc la transition vers un autre état, "renaître"). Martin Luther lui-même y verra "la foi, l'espérance et la charité".

Après plusieurs tentatives, ce sont les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar qui s'imposent. Tendant à prouver l'universalisme de la foi chrétienne, on les dit originaires d'Asie, d'Afrique et d'Europe. Sainte-Augustine (354-430) en désigne un comme "roi noir", Ethiopien descendant de la reine de Saba. Ils le furent chacun à leur tour au fil des siècles mais c'est Melchior qui l'incarne généralement de nos jours. Parfois, ils représentent les trois races de la Terre, les descendants de Sem, de Cham et de Japhet (les fils de Noé) ; ou bien encore les trois âges, la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse.

Pour certains anciens, ils venaient d'Arabie (Pétra) mais pour beaucoup de modernes, ils seraient venus de Perse (coiffés d'une tiare perse, le "bonnet phrygien"). Ne dit-on pas que Marco Polo (1254-1323) y aurait visité leur tombe ? Et que leurs saintes reliques sont enterrées dans la cathédrale Saint-Pierre à Cologne, rapatriées d'Orient et toujours bien vénérées actuellement ? Diverses études scientifiques ont d'ailleurs montré leur très haute antiquité, proche des débuts du christianisme.

Quant au statut des "mages" ("magi"), il recouvre bien des sens possibles : depuis "gens instruits dans les sciences", jusqu'à "astronomes" ou "astrologues", voire même "charlatans". Ou encore, très anciennement, "disciples ou prêtres de Zoroastre ou de Mithra"…

Bien des exégètes ont tenté d'interpréter l'épisode des rois mages. En général, ils s'accordent au moins sur deux significations, attribuées à Matthieu. L'une étant que la venue de mages étrangers non-juifs souligne l'importance de la naissance-avénement de Jésus et dépasse la limite du seul monde juif, que Matthieu lui-même s'efforce de convaincre en multipliant les allusions aux prophéties messianiques.

L'autre représentant la dissolution ou l'abdication de la "magie" (connaissance) des païens devant la "vraie" lumière du Christ. Plus prosaïquement, on peut aussi y voir un simple message pacifique et de bon sens, celui d'hommes venus d'autres lieux et prêts à reconnaître d'autres valeurs que les leurs, sans nécessairement les partager mais en toute tolérance.

Ou encore la vision d'hommes partis ailleurs en quête d'un monde meilleur que le leur. Mais nos temps sont durs et les "rois mages" actuels ont toutes les chances d'être refoulés aux frontières. Avec ou sans encens.