Jour un, de l'hospitalité.

Sur la route de Nazareth, Joseph et Marie tentent en vain de trouver une chambre. À chaque fois l'hôtelier les chasse. C'est curieux, n'est-ce pas, cette propension du logeur à chasser l'étranger. Il y a pourtant quelque raison à cela.

On ne le sait pas assez, mais les mots "hospitalité" et "hostilité" sont de vieux cousins. Entre ce qui était l’accueil (hospes) et l’étranger (hostes), on n’avait, au début, pas fait le tri. Nous étions alors en des temps immémoriaux : les recherches sémantiques restent les seuls témoignages de cette cordialité hors saison. Gloire soit faite à l’étymologie qui, également à la philosophie, vaut souvent sagesse.

Faisons court à défaut d’être toujours clair : le verbe latin "hostire", possède deux sens. Il veut dire "compenser", d’abord ; il signifie "égaliser" ensuite. Par le fait de la compensation, vient l’ "hostia" qui figure une victime offerte aux dieux en réparation d’une faute (contrairement à la "victima" qui, originellement, leur est sacrifiée en remerciement : la victime, on s’en étonnera sûrement, est donc une marque de joie) et dont nous ne retenons aujourd’hui que le sens chrétien, cette rondelle de pain azyme figurant le corps du Christ.

Le deuxième sens du mot paraît plus riche et plus intéressant. Comme si, une fois la faute réparée, il s’agissait de rétablir un peu d’égalité. De là vient cet "hostis" qui signifie, de manière réversible, l’accueilli et l’accueillant. Mais aussi l’ "hostes", signifiant tout également l’étranger ou l’ennemi, de quoi on peut dès lors augurer qu’il était d’abord notre semblable avant d’être notre différent. Toute une culture se lit dans le cours et le décours des mots, dans leurs coudoiements au travers des siècles.

L’ "hostes" latin, c’est le "xénos" grec. On n’est plus aujourd’hui que xénophobe. Il y eut des moments, dans l’Antique, où l’on pouvait être également xénophile. Les Grecs étaient, dit-on, naturellement hospitaliers : quand ils ne l’étaient pas, les dieux se chargeaient de les rappeler à leurs devoirs. Ainsi de Philémon et Baucis. C’est Ovide qui le raconte : Zeus et Hermès parcouraient la Phrygie. "Dans mille maisons, ils se présentèrent, demandant un endroit où se reposer. Dans mille maisons, on ferma les verrous. Une seule les accueillit, petite, il est vrai, couverte de chaume et de roseaux des marécages...". Philémon et Baucis ouvrirent leur maison à ces dieux anonymes. On connaît la suite : tout un village englouti, les deux pauvres hères transformés en végétaux séculaires, vivants dans leur mort.

On se rappellera donc ici que d’autres cherchèrent vainement, un endroit où crécher. Ayant tenté auberges et hôtels, ils finirent à l’étable. L’auge ou la mangeoire, dans laquelle l’on coucha le nouveau-né, finira en métonymie : la crèche (du francique "krippia") est née en même temps que le Christ : d’un accueil raté, il faut en convenir.