Il se souvint que l'Armée du Salut lança à
ce moment une grande opération baptisée "Avez-vous
votre clochard de Noël", un appel aux dons, un macaron
au revers du veston, quelque chose d'anticipatif sur des campagnes
que nous connaissons bien. Aussi écrivit-il une lettre ouverte
à l'Abbé Pierre. Il y disait ceci, notamment : "C'est
un homme qui a failli mourir de froid dans la rue qui vous le dit
: Soyez dur. Soyez impitoyable pour toutes les pitiés béates
et satisfaites. On apprend beaucoup de choses dans la rue, en hiver.
On apprend que les gens charitables sont comme les chats : ils ne
se frottent à vous que pour se caresser". Il avait raison,
Lebesque, mais aujourd'hui personne n'a plus besoin de caresser
personne : les systèmes sociaux se chargent tout seuls du
poil. C'est pourquoi à Calais, par exemple, des gens dorment
dans des bunkers. C'est pourquoi les gares belges refusent d'ouvrir
la nuit. C'est pourquoi l'on fracture la porte d' un magasin pour
trouver de la chaleur. Nous avons désindividualisé
les pitiés béates et satisfaites. Nous croyons avoir
appris. Mais nous n'arrivons toujours pas à être cela
: durs, impitoyables.
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