Bragadiru, village systématisé
© Marina Cox, avril 1998
Il y avait là quelque chose de révolutionnaire, au sens propre du terme. À l'époque, la commune n'était pas un acteur de la scène internationale. Cette idée, que nous avions eue, de travailler par le bas parce que le haut était empêché, parce que le haut était lointain, parce que le haut était contraint, c'était, oui, un vrai moment d'histoire. L'introduction dans un grand jeu diplomatique, d'un acteur absolument inattendu, se proposant comme tiers, agissant dans les failles des stratégies souverainistes, avait fait basculer les certitudes du régime totalement centralisé qu'était la Roumanie de cette époque (faisons silence sur le présent, pour cette question). Le local, donc, était l'exact contraire d'un retour sur soi. Et voilà donc qu'aujourd'hui, proximité rime avec sécurité. Pas cette belle sécurité démocratique à laquelle nous avons le droit d'aspirer, non, à une sécurité de petits blancs, à une sécurité de volets clos, à une sécurité de rideaux soulevés. La liberté d'une idée s'évapore plus vite qu'un alcool que l'on bout. C'est peut-être bien à cela que nous pensions hier en entrechoquant nos verres, avec les voisins.
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