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En ce jour du mardi 10 décembre 2002. Lorsque
les premiers Turcs sont arrivés à La Docherie à
la fin des années 60', chacun a poussé sur sa brouette
qui une chaise, qui une table, qui une armoire, c'était une
noria, chacun débarquait (Et des couverts ? Est-ce qu'ils
mangent avec des couverts ? a demandé ma tante). Les Turcs
venaient sans rien, ils attendaient le premier salaire du charbonnage.
Au même moment, venaient de prendre fin les messes du dimanche
en flamand dans l'église centrale, sur une longue place en
déclivité : elles avaient accompagné dès
avant la guerre les exils du nord du pays. Il y avait quelques années
déjà que nous n'appelions plus les Italiens des "Macaroni"
et plus longtemps encore que les Polonais avaient fini de briser
des verres dans les cafés. Personne n'apprenait le français
à personne, mais tous parlaient la même langue. La
Docherie est un quartier de Marchienne, elle-même banlieue
de Charleroi, wallonne donc et pleine de fosses et de terrils, de
métallurgies et de fumées. Il y avait aussi deux orphelinats,
celui des filles, celui des garçons. C'était une drôle
de société, l'école n'était pas républicaine
mais les rues s'appelaient Jaurès ou Ferrer.
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