Musée Reina Sofia, Madrid
© Marina Cox, in Europe, Fragments d'histoire
Là où chacun d'entre nous sent bien que cette affaire du "Prestige" vient nous ennuyer jusqu'à dans nos assiettes, l'équipe d'Aznar n'aperçoit qu'un événement local, quelque chose de circonstanciel, de tiède et de dispensable. Le gouvernement espagnol ne croit ni en la nature ni en la télévision. On a dit beaucoup de choses sur le négationnisme en temps réel, vu largement à l'œuvre en Bosnie par exemple. Le déni est une marque contemporaine, il n'y a rien à faire. Nous ne faisons pas que vivre avec lui, nous le théorisons aussi et nous nous y affilions. Et puis hier, tout d'un coup, le gouvernement espagnol nous révèle ceci que du fuel s'écoule de la carcasse du "Prestige". Jusqu'ici, il n'avait pas semblé faire cette relation entre un pétrolier coulé et du pétrole s'épandant sur les plages. L'effet papillon suppose qu'un petit fait lointain entraîne, au plus proche, de grandes conséquences. L'effet Prestige renverse cette théorie: un grave fait très proche est, de fait, invisible et inconséquent, il n'est relatif à rien, connecté de nulle part. Un événement qui nous arrive n'est donc pas complexe. Il ne renvoie pas aux autres, mais nous en sépare. Égoïstes que nous sommes. De croire que le monde est en nous.
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