Là où chacun d'entre nous sent bien que cette
affaire du "Prestige" vient nous ennuyer jusqu'à
dans nos assiettes, l'équipe d'Aznar n'aperçoit qu'un
événement local, quelque chose de circonstanciel,
de tiède et de dispensable. Le gouvernement espagnol ne croit
ni en la nature ni en la télévision. On a dit beaucoup
de choses sur le négationnisme en temps réel, vu largement
à l'uvre en Bosnie par exemple. Le déni est
une marque contemporaine, il n'y a rien à faire. Nous ne
faisons pas que vivre avec lui, nous le théorisons aussi
et nous nous y affilions. Et puis hier, tout d'un coup, le gouvernement
espagnol nous révèle ceci que du fuel s'écoule
de la carcasse du "Prestige". Jusqu'ici, il n'avait pas
semblé faire cette relation entre un pétrolier coulé
et du pétrole s'épandant sur les plages. L'effet papillon
suppose qu'un petit fait lointain entraîne, au plus proche,
de grandes conséquences. L'effet Prestige renverse cette
théorie: un grave fait très proche est, de fait, invisible
et inconséquent, il n'est relatif à rien, connecté
de nulle part. Un événement qui nous arrive n'est
donc pas complexe. Il ne renvoie pas aux autres, mais nous en sépare.
Égoïstes que nous sommes. De croire que le monde est
en nous.
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