Le Bois du Cazier, 1956 Belgique
Il parlait des incidents, embryons émeutiers, de la semaine anversoise. La proximité d'avec le mort confère momentanément aux survivants une autorité déléguée. On l'a vu avec Julie, Mélissa, Loubna, An ou Eefje, les messages de ceux atteints dans leur sécurité ont toujours plaidé le risque de continuer malgré tout à "faire société". Comme si la mort était devenue le dernier endroit où se réfugierait le "vivre ensemble". En regard de quoi, l'émotion des élus politiques ressemble à son contraire. Les promesses faites ne sont pas tenues - le droit de vote pour les étrangers annoncé lors de l'enterrement de Loubna est, par exemple, resté lettre morte. Cela a pourtant quelque chose de testimonial, la promesse faite aux morts. C'est un tabou. Que ceux-là les lèvent qui les regrettent ne laisse pas d'être inquiétant. On ne parle pas de morale, ici, mais d'humanité, tout simplement. De ce sentiment, malgré tout, de faire partie d'un ensemble que vous composez et qui vous dépasse. De ce beau mot de solidarité qu'il faudrait une fois pour toute libérer de sa gangue culpabilisante pour le réintégrer, oui, dans le vocabulaire par quoi les hommes se construisent.
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