Il parlait des incidents, embryons émeutiers, de la semaine
anversoise. La proximité d'avec le mort confère momentanément
aux survivants une autorité déléguée.
On l'a vu avec Julie, Mélissa, Loubna, An ou Eefje, les messages
de ceux atteints dans leur sécurité ont toujours plaidé
le risque de continuer malgré tout à "faire société".
Comme si la mort était devenue le dernier endroit où
se réfugierait le "vivre ensemble". En regard de
quoi, l'émotion des élus politiques ressemble à
son contraire. Les promesses faites ne sont pas tenues - le droit
de vote pour les étrangers annoncé lors de l'enterrement
de Loubna est, par exemple, resté lettre morte. Cela a pourtant
quelque chose de testimonial, la promesse faite aux morts. C'est
un tabou. Que ceux-là les lèvent qui les regrettent
ne laisse pas d'être inquiétant. On ne parle pas de
morale, ici, mais d'humanité, tout simplement. De ce sentiment,
malgré tout, de faire partie d'un ensemble que vous composez
et qui vous dépasse. De ce beau mot de solidarité
qu'il faudrait une fois pour toute libérer de sa gangue culpabilisante
pour le réintégrer, oui, dans le vocabulaire par quoi
les hommes se construisent.
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