En ce jour du vendredi 22 novembre 2002. Il est professeur, jeune et nouveau, à l'Athénée d'enseignement professionnel Marcel Tricot, à Bruxelles. Il a tenu trois mois. On lui a envoyé des insultes et des chaises à la tête. On l'a menacé de mort. On lui a fait le salut hitlérien. Il est juif, c'est-à-dire que son prénom et son nom le révèlent comme tel à ses élèves qui ne le sont pas. Les élèves parlent de leurs frères palestiniens, d'Israël, et de Hitler, encore, "qui n'en a pas tué assez". Il a démissionné, David. Il est parti. Quelle idée aussi de vouloir s'en aller enseigner, quand on est juif belge, à des musulmans qui le sont peut-être aussi. L'Athénée Marcel Tricot est un établissement "à discrimination positive", terme emprunté au vocabulaire pédagogique américain, dont la vocation première est de procurer au public un urgent euphémisme, mot que l'on expliquera sans doute jamais aux élèves discriminés positivement. L'Athénée Marcel Tricot a passé des accords avec un lycée technique marocain de Kenitra et procède depuis à des échanges. C'est dire si la direction avait pointé depuis longtemps l'intérêt des enseignés et qu'elle avait passé du temps à discriminer positivement, c'est-à-dire aussi malheureusement à produire toujours plus du même.
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