au contraire, de rendre tout anonymat désormais impossible.
Ce monde qui connaît parfaitement l'endroit où j'ai
rempli pour la dernière fois mon réservoir d'essence
- sans plomb, oct.95 - ne sait toutefois pas ce que l'on fait du
pétrole usagé, petite saloperie visqueuse, aujourd'hui
en voie d'échouage européanisé, sur les côtes
espagnoles, demain portugaises, après sans doute françaises.
Ah, on ne mangera plus de pousse-pieds de sitôt au "Centro
Gallego" de Bruxelles, table d'hôte de la culture galicienne,
très belle maison du monde, et les coquilles viendront d'où
si plus de Compostelle ? Je dis cela pour signifier, que non décidément,
il n'est pas sur cette terre un lieu où l'on ne soit constamment
rappelé à l'ordre du monde. Le "Prestige"
vient nous ennuyer jusqu'à des cuisines bruxelloises, il
était passé au large voilà quelques jours,
certains l'ont vu dans la Manche, par-dessus le tunnel que tentent
d'emprunter des réfugiés. Car tout s'échoue
sur les côtes, gens, fioul et illusions. Mais, comme il n'y
a plus d'hommes libres, comment pourraient-ils encore chérir
la mer ?
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