De quelques mythologies autrichiennes

Michel Jocquet


C'était le 8 février 1916. À Zürich. Une bande de jeunes, tous artistes à un quelconque titre, réunis par Hugo Ball pour l'inauguration du cabaret " Voltaire ", ouvrent au hasard un dictionnaire et le coupe-papier, l'instrument de l'aléatoire, tombe sur le mot " dada ". Le mouvement d'un autre sens vient de prendre un nom. Dans le groupe, figurent Tristan Tzara, poète roumain, Richard Huelsenbeck, poète allemand, Jean Arp, sculpteur alsacien et Hans Richter, peintre allemand. L'autre sens est celui de l'affirmation d'une expression artistique radicalement inscrite en faux d'une époque empreinte d'échec, de déconvenue et d'essoufflement. La déclaration est celle de la dérision, de l'irrationnel, de l'improvisation, de l'intuition plutôt que de la raison qui n'aboutit que dans la misère et la guerre.
La pensée se fait dans la bouche (Tzara). Phrase-monument de Tristan Tzara qui publie à Zurich, en 1916, " La première aventure céleste de Monsieur Antipyrine ", suite de mots dont le sens reste à trouver.
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