Si l'intégration des immigrés suppose qu'ils s'intègrent, alors l'intégration, résultante d'une multitude de comportements individuels, est un processus culturel, infini et apolitique. Car l'immigration n'est pas un ensemble unifié, ce n'est pas un corps politique qui pourrait décider ou non de s'intégrer.
À l'inverse, intégrer suppose non un processus d'osmose progressive mais une décision qui constitue l'immigration en partie intégrante. Cette décision est politique. Elle consiste à élargir la citoyenneté, sous une forme ou l'autre : l'octroi de droits politiques aux étrangers ou la naturalisation.
L'intégration a deux adversaires. Le premier est l'intégrisme, cette subordination totale de l'État à l'Église, pour qui le culturel l'emporte sur le politique. L'extrême droite défend, elle, une position résolument politique et résolument inverse de l'intégration : "renvoyer" les immigrés, c'est-à-dire les exiler. L'extrême droite a pour politique non d'élargir mais de retrancher. Elle promet à la société l'intégrité par la séparation d'avec ce qui lui manque. Le raisonnement peut paraître étrange, mais
l'usage de la langue l'éclaire à nouveau. Le contraire de l'intégrité, c'est la corruption. Pour l'extrême droite, l'immigration est corruptrice et notre société corrompue. Il faut retrancher le membre malsain pour que le corps retrouve son intégrité. Aujourd'hui, cette opération est faisable précisément en ceci que l'immigration n'est pas intégrante du contrat social.
La langue nous dit que le débat a son versant moral. La société ne doit pas seulement être entière, elle doit aussi être intègre. Et si l'intégrité a pour contraire la corruption, un État qui n'a pas intégré tous les siens est un État corrompu. Ce que la réalité ne s'est pas empressée de démentir.
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