Justifier l'injuste au nom de ce qu'il reste du juste indique
juste que notre possibilité de renoncement est aujourd'hui
impossible à modérer. Disons pourtant que, vu d'ici,
un peu de juste contre beaucoup d'injuste conduit plutôt au
malheur qu'au meilleur. Il faudra, au fil du temps, apprendre à
ne pas se réjouir des trop petites victoires quand les défaites
sont absolument totales. Car on s'émeut peu des choses qui
nous changent. Un autre ministre de l'Intérieur, belge, tente
de faire passer ces jours-ci une proposition de loi qui affecterait
aux sociétés de gardiennage quelques-unes des tâches
policières mineures. On ne voit pas, non plus que pour les
codes-barre à l'école, se plisser le front d'une opinion
publique. Les incivils et les terroristes prennent toute la place
dans notre regard : observant circulairement ce qui défaille
et ce qui est craint, nous devenons chacun de petits panoptikon.
À raison, nous plaidons la sécurité qui, comme
la protection, est une donnée démocratique. Mais nous
nous abusons sur la taille de la cuillère. Aussi bien le
juste et l'injuste apparaissent-ils désormais synonymes du
géré et du non géré. Les ministres de
l'Intérieur ont raison d'être fiers.
|