Pour surmonter cette contradiction, il faut une violence que
laisse deviner le mot nationalisation. Nationaliser, c'est
exproprier. En 1793, la révolution nationalise les
biens du clergé et en 1796, ceux des immigrés. Comme
la nationalisation des biens, la naturalisation des personnes est
une expropriation. Il s'agit d'arracher l'étranger à
sa propre naissance, d'effacer en lui toute culture et de le ramener
à l'état de nature pour le reconnaître désormais
comme natif, c'est à dire né ailleurs qu'il
n'est né. Natif vient du latin nativus qui
a aussi donné naïf. Pour devenir citoyen, l'étranger
doit redevenir naïf comme l'enfant qui vient de naître,
ou niais, c'est-à-dire neuf comme un oiseau qui n'a
pas encore quitté le nid.
On comprend mieux la nature de ce qui oppose ceux qui voient dans
la naturalisation la seule possibilité d'accès des
étrangers aux droits politiques, et ceux qui, comme l'Europe,
quand elle a donné le droit de vote local aux étrangers
intra communautaires, séparent désormais nationalité
et citoyenneté.
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Pour les premiers, la naturalisation est initiatique. C'est
un rite par lequel l'impétrant accepte de se dépouiller
de sa culture et de revenir à l'état de nature et
de niaiserie, pour renaître au sein d'une nouvelle tribu.
S'il veut devenir citoyen, il doit recevoir le sacrement de la nationalité.
Les seconds ont une vision laïque de la citoyenneté.
La nationalité relève de la sphère privée
comme la religion ou la culture. La nation perd son caractère
sacré et, en tant qu'elle réunit des natifs, n'a pas
de vocation politique. Détachée de la nation, la citoyenneté
ne relève plus que du contrat social. Le privilège
est aboli.
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