Elle est aussi cette ombre découverte au scanner, révélée
par sa chaleur humaine, tandis qu'autour d'elle s'agitent toutes
sortes d'uniformes. Elle va aussi dans les églises ou fait
la grève de la faim : cette figure diagonale veut faire la
traversée, elle est déjà insulaire, elle croit
que l'Angleterre est une île déserte et qu'on peut
y emmener ses livres. La figure du terroriste ensuite, monstre contemporain
insaisissable, qui ne cabote jamais mais plane toujours : Tony Blair
sonnait voilà quelques jours l'alerte générale,
les ferries sont une cible, les méthaniers aussi, le terroriste
fait entendre sa voix à la radio, c'est une guerre, une cinquième
colonne, il peut vider la mer avec une cuillère, il l'a fait
déjà, il peut le refaire. La posture est celle de
l'attente : douaniers et policiers balisent les espaces, les frontières
peuvent se fermer à tout moment, les armes sont au pied,
les églises libérées, on attend l'invasion,
c'est une drôle d'histoire, ce n'est pas Guillaume ni Hadrien,
les ennemis de mes ennemis ne sont pas nos amis et l'on regrette
l'Europe aux anciens parapets. Aujourd'hui, donc, nous attendons.
Ici et là, on fouille et on déloge. C'est un jour
de novembre, un jour de brumes et de cornes. On a froid.
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