écouterons le week-end prochain, s'il échet. Ce
qu'il y a de passionnant avec cet enregistrement répétitif,
c'est ce qu'il révèle en creux des options culturelles
des syndicats. On y entend par exemple de la musique dont ces radios
nous privent habituellement : de la variété fade,
de vieux standards mités, des choses kitch, à peu
près rien qui soit audible et rien, absolument rien, qui
soit, au sens propre, inouï. Aussi bien, ce trou du temps aboutit-il
au vide : il existe du mépris dans cette radio gréviste,
elle n'offre rien que sa propre inconsistance et nous met à
distance des revendications et des mots d'ordre. Je serais le syndicat,
déjà que j'ai le programme, j'en profiterais pour
faire un manifeste. Je ferais écouter de la musique que l'on
entend peu ou pas là, je ferais profiter des inconnus ou
des mal aimés des droits d'auteur, je soignerais les enchaînements,
j'ajouterais des sons, je les mixerais, je m'amuserais des possibilités
techniques, bref, je ferais de la radio. Et je m'intéresserais
aux gens pour qu'ils s'intéressent à moi. Je serais
le syndicat, j'utiliserais la radio pour me faire entendre. Et je
ferais mon métier pour me faire comprendre. Je serais le
syndicat, j'arrêterais de confondre "audit" et auditeur.
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