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En ce jour du vendredi 8 novembre 2002. On n'est pas
le contemporain de sa propre histoire. Ma génération
appartient à la Shoah et au Goulag, qu'elle n'a pas connus.
La génération actuelle est la fille de la guerre du
Vietnam qu'elle n'a pas connue. Pour moi, le rideau de fer et le
mur de Berlin continuaient Goulag et Shoah. Pour la génération
ultérieure, les guerres du Golfe et du Kosovo continuaient
le Vietnam. Les focales ne sont pas identiques, ce n'est pas grave.
Elles sont divergentes, c'est un problème. Par exemple, nous
ne partageons pas le même goût pour l'invective et la
disqualification : il n'y a pas, qu'on se le dise, de vipères
lubriques, elles sont lovées dans les livres d'histoire,
qu'elles y restent. Par exemple, nous ne partageons non plus l'idée
de la certitude, nous avons perdu en cours de doute ce fétichisme
de la chose sûre. Cela fait que nous ne sommes d'accord que
de temps en temps. Je me demande si tout cela ne vient pas du fait
que, génération contre génération, nous
ayons en même temps oublié la matrice, le gabarit ou
l'étalon auxquels nous avons fait semblant ensemble d'avoir
échappés. Je veux parler de la guerre de 14-18.
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