Il applique de manière collective une décision
de justice qui doit rester individuelle. Or l'expulsion collective
ne s'appelle plus expulsion, mais déportation.
Il inscrit la très grave et très violente peine du
banissement non seulement dans la sémantique des loisirs
mais dans celle des congés payés c'est-à-dire
dans celle d'un droit acquis de haute lutte.
Enfin, dans notre démocratie, si le jugement est public,
la peine ne l'est pas. Il y a longtemps que les condamnés
ne sont plus ni exposés, ni exécutés en place
publique. Dans le cas du charter, c'est bien à l'exécution
que le gouvernement donne une publicité inacoutumée,
non pour la rendre plus efficace mais pour frapper l'opinion.
Le gouvernement brouille ainsi les champs sémantiques et
abaisse un mot qui appartient à la famille des chartes, ces
contrats politiques qui, jusqu'ici, n'étaient synonymes que
de liberté.
Michel Gheude
Expert media, enseigne à l'Ecole de Recherche Graphique de
Bruxelles.
|