Charters: l'Etat vole bas.
Du charter on n'attendait pas qu'il quittât le vocabulaire du
voyage pour entrer dans celui de la politique. Il en venait pourtant
et pas de la moins noble façon.
D'origine française, le mot vient de chartre, dérivé
du latin chartula, petit papier vite devenu feuille officielle. Comme
la chartre, ou charte, le charter est d'abord un contrat. Comme elle,
par les libertés fondamentales qu'il accorde, les droits qu'il
garantit, les privilèges qu'il octroie, il est empreint d'une
dignité constitutionnelle.
Le charter que nous empruntons pour voyager à bon marché
relève de la charte-partie, contrat lui aussi très ancien
puisqu'il existe depuis le quatorzième siècle, par lequel
un navire est loué en tout ou en partie.
En affrétant désormais des charters pour expulser collectivement
les ressortissants indésirables d'un même pays de manière
spectaculaire et expéditive, l'État ne travaille pas qu'à
l'économie.