Le dictionnaire du refuge

Michel Gheude
Charters: l'Etat vole bas.

Du charter on n'attendait pas qu'il quittât le vocabulaire du voyage pour entrer dans celui de la politique. Il en venait pourtant et pas de la moins noble façon.
D'origine française, le mot vient de chartre, dérivé du latin chartula, petit papier vite devenu feuille officielle. Comme la chartre, ou charte, le charter est d'abord un contrat. Comme elle, par les libertés fondamentales qu'il accorde, les droits qu'il garantit, les privilèges qu'il octroie, il est empreint d'une dignité constitutionnelle.
Le charter que nous empruntons pour voyager à bon marché relève de la charte-partie, contrat lui aussi très ancien puisqu'il existe depuis le quatorzième siècle, par lequel un navire est loué en tout ou en partie.
En affrétant désormais des charters pour expulser collectivement les ressortissants indésirables d'un même pays de manière spectaculaire et expéditive, l'État ne travaille pas qu'à l'économie.


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