Et c'est presqu'en rougissant qu'une amie me parlait récemment du roman de Lowry, Au dessous du Volcan, livre culte que chacun croit être seul à avoir lu. Il est des confidences qui ne se font que sur l'oreiller ou dans ces rares instants privilégiés où la conversation incite à laisser découvrir une part de son âme.
L'écrivain Jacques Cels, lui-même un homme précieux et grand lecteur de Montaigne, dit de la littérature que bien avant la téléphonie et les compagnies d'aviation, elle a été le premier service public privatisé. Dans les années 50, Roland Barthes et Maurice Nadeau publiaient des enquêtes sur ce que devait être une littérature de gauche. Sartre défendait le principe de la littérature engagée et, à la fin des années 60, les écrivains de la revue Tel Quel se voulaient encore révolutionnaires. La littérature s'inscrivait haut et fort dans l'espace politique. Depuis elle a quitté le domaine public et s'est réfugiée dans la sphère privée. Elle n'en sort plus que si le livre est porté à l'écran ou quand il fait scandale. Et il ne fait pas meilleur scandale que quand il révèle l'intimité sexuelle de son auteur.
Car à l'inverse de la littérature, le sexe qui était de l'ordre de l'intime, ne l'est plus. Les affaires de corps sont désormais du domaine public. Loft Story ne dit rien d'autre. Toutes ces petites choses du quotidien peuvent être vues sous le regard à peine moralisateur de caméras de surveillance reconverties webcams. Les étudiantes déambulent en petite culotte sur des sites narcissisme.com. N'y voyez pas malice, ce n'est qu'un simple clin d'œil au surfeur. L'intime n'a pas disparu. Il s'est seulement déplacé. Les participants à Loft Story peuvent flirter dans la piscine ou pèter sous la douche mais ils ne parlent ni de religion ni de politique. Qui, aujourd'hui, dans un dîner en ville, vous entretiendrait sans ambage de sa croyance au purgatoire, vous serait aussitôt suspect d'appartenance à une secte. Il n'y a plus que les témoins de Jéhovah pour parler de la Bible au parlophone à l'heure des croissants dominicaux. La politique est encore un sujet de conversation mais sous haute surveillance
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