L'armement et comment l'utiliser, les marches forcées, les distances entre combattants, l'effet des différentes armes, le bruit et la fumée, les blessures et la manière de les soigner, la faim, la soif, le froid, la fatigue: toutes ces réalités dont les historiens et les militaires parlaient à peine, sont désormais au cœur de la recherche historique.
Cette évolution éclaire sans doute l'inflation de violence dans le cinéma de ces vingt dernières années. Contrairement à ce que dénoncent les critiques de la violence au cinéma, nombreux en Europe comme aux Etats-unis où le Congrès a même créé une commission d'enquête parlementaire sur ce thème, cette inflation n'est pas complaisance ou apologie. Elle rompt à dessein avec une longue tradition du film de guerre qui, au bénéfice d'une image héroïque des combattants, occultait la violence extrême, et la transcendait en de sublimes idéaux.. Nos pères et nos grands-pères n'y ont pas retrouvé pas la terrible réalité de leurs souffrances mais, en échange, ils ont bénéficié d'une présentation singulièrement édulcorée des violences qu'ils avaient eux-mêmes commises.
Avec le temps, les mythes se sont estompés et la guerre n'est plus rien que sa réalité brutale. Le film de guerre est plus violent parce qu'il ne croit plus à la guerre. Il est devenu pacifiste. Il adopte aujourd'hui le point de vue de l'homme seul pour qui la guerre ce n'est que tuer ou être tué de la plus atroce façon. Quand j'ai demandé au gardien du Musée de Boston quel était pour lui le souvenir le plus marquant du 6 juin 44, il dit sans hésiter : " J'ai survécu " (1).



(1) 14-18, retrouver la guerre de Stéphane Audoin-Rouzeau et Anette Becker est paru chez Gallimard dans la collection Bibliothèque des Histoires, La bataille de la Montagne blanche d'Olivier Chaline est paru aux éditions Noésis, Le modèle occidental de la guerre de Victor Davis Hanson aux Belles Lettres et l'entretien de Samuel Fuller avec Bill Krohn et Barbara Frank dans les numéros 311 et 312 des Cahiers du Cinéma.
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