L'associatif se construit un champ d'intervention élargi au sein même de la sphère publique. Mais si la société civile connaît ainsi une expansion continue, la représentation politique semble se rétrécir. Par le processus électif, la classe politique continue de représenter l'ensemble du corps social, mais surtout sa part inactive, la moins impliquée, la moins porteuse de projets. Tandis que la société civile représente au contraire les composantes les plus citoyennes, les plus soucieuses du bien public, de l'avenir, de l'exercice démocratique. La représentation politique est comme reléguée, coupée du nouveau qui émerge peu à peu du laboratoire d'idées et d'action de la société civile. Au pouvoir, elle est contrainte à l'arbitrage et au compromis. Elle semble ainsi éternellement en retard sur la société civile.
La société civile n'y gagne pas pour autant. Entrée dans la sphère publique, reconnue, forte, créative, elle ne peut pourtant peser vraiment sur la décision politique. Liées aux partis politiques, les piliers faisaient lien entre la représentation et la majorité silencieuse.
Ils animaient son mutisme et son immobilisme et préparaient les modalités laborieuses de son expression politique. Coupée des partis, la société civile l'est tout autant de la majorité silencieuse. La société civile exprime la coupure entre la part active et la part inactive de la société. Au devant de la scène et du débat de société, elle ne représente pas la société, elle ne représente qu'elle même. Ou plus exactement, elle reste irreprésentable, car en elle, il n'est aucune unité. La société civile exprime la réalité des forces vives de la société mais politiquement elle recouvre une multitude de projets et d'objectifs impossibles à réunir en un programme de gouvernement. A l'image de ses militants, la société civile est multiple et transversale. La société civile n'est pas une force de gouvernement. Elle est citoyenne, elle n'est pas politique.
Tant qu'il s'agit de la délibération, la télévision donne la vedette à la société civile. C'est elle qui apporte les idées nouvelles et les propulse dans le débat public. Mais dès qu'il s'agit de la décision, et singulièrement dès qu'il s'agit de la participation de tous à la décision par l'élection, la société civile se retrouve hors jeu.
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