Le concept relativement récent de société civile traduit ce changement profond du rapport entre l'associatif, la société qui le produit et la représentation politique.
La radio-télévision, encore elle, a joué ici un rôle considérable. Il n'est que de comparer les philosophies respectives de la Croix Rouge et de Médecins sans frontières. La Croix Rouge protège son action par une discrétion qui touche parfois au secret. Elle se garde bien de critiquer les gouvernements, les fauteurs de guerre, les bourreaux, si par ce silence, elle peut accéder aux victimes et leur prodiguer secours. MSF fonde au contraire son action sur la publicité et garantit son accès aux victimes par la médiatisation de leurs souffrances et la mobilisation de l'opinion. La Croix Rouge agit dans le cadre du droit de non ingérence dans les affaires intérieures d'un état. MSF a inventé le devoir d'ingérence, légitimé par la constitution d'une opinion internationale qui court-circuite les états et se forme par la télévision.
La médiatisation donne ainsi aux associations une visibilité et une publicité qui les fait passer de la sphère privée au sein de laquelle quelques personnes se réunissent pour agir, à la sphère publique au sein de laquelle elles mobilisent l'opinion et lui rendent des comptes.
Dans le même temps, les media imposent aux hommes politiques un autre mode de relation à leurs électeurs. A la médiation bi-directionnelle des personnes relais, responsables de mutuelles, de syndicats, d'organisations locales, a succédé celle de l'animateur de débats télévisés qui donnent au public et aux politiques le sentiment d'un contact plus direct. Désormais, l'homme politique parle à tous en parlant à chacun. Et tous lui répondent sous la forme du sondage d'opinion.
Ainsi le tissu associatif et la représentation politique se sont-ils détachés l'un de l'autre. Les politiques n'ont plus besoin des piliers comme moyen de communication avec l'opinion.
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