Citoyens sans politique
politique sans citoyen

Comme l'a écrit le politologue Bernard Manin, nous vivons le passage d'une démocratie de partis à une démocratie du public (2). Dans cette nouvelle société, le vote est moins stable. L'électorat n'est plus divisé entre quelques grands groupes sociaux qui votent systématiquement pour le même parti. Il se partage davantage selon les enjeux du moment et la manière dont les candidats présentent eux-mêmes les lignes de partage.
Dans la démocratie des partis, à chaque famille correspondait un syndicat, des mutuelles, des organisations de jeunesse, des sociétés d'entraide, des associations sportives et culturelles, des comités de lutte ou de soutien.
Dans la démocratie du public, le militantisme au sein des partis a diminué et le tissu associatif s'est profondément modifié. Les syndicats et les mutuelles ont affirmé leur indépendance.

De nombreuses structures proches des partis ont perdu leur substance tandis qu'apparaissaient une multitude de nouvelles associations n'affichant aucun lien avec les partis.
Dans ces nouvelles associations se retrouvent des hommes et des femmes votant pour des partis différents mais réunis autour d'un objectif commun. S'occuper d'un projet de développement, de l'intégration des handicapés dans l'espace public, de l'accueil des réfugiés politiques, de l'écoute des personnes séropositives, n'implique pas d'appartenir à une famille politique particulière. L'association ne propose pas à la société une direction générale mais seulement la prise en compte de problèmes spécifiques. Les pouvoirs publics qui la subventionnent, le public qui la soutient, les personnes qui lui donnent leur temps et leurs compétences, sont d'autant plus nombreux et unis qu'elle ne s'inscrit pas dans une mouvance idéologique ou politique. Son efficacité tient à son indépendance.
(2) Bernard Manin, Principes du Gouvernement représentatif, Paris, Calman-Lévy (Liberté de l'Esprit, collection de la Fondation Saint Simon), 1995, 319p
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