On peut y voir entre autres une installation de l'artiste afro-américain David Hammons créée en 1989. Un petit train électrique bleu voyage entre des couvercles de piano et un tunnel couvert de morceaux de charbon. L'installation s'appelle "Chasing the blue train". Hommage à John Coltrane par un jeu de mots sur les titres de deux chefs d'œuvre, " Blue train " enregistré en 57 et " Chasin' the trane ", blues éblouissant improvisé en novembre 61 au Village Vanguard de New York. La colère du free jazz et du black power explose là, quelques mois après l'assassinat de Lumumba. Bleu reste la couleur de la musique noire. Le train est lié à l'histoire du blues que chantaient les anciens esclaves des plantations du sud allant de ville en ville chercher du travail dans les mines de charbon. " Mais cette œuvre, dit l'un des gardiens du Temple, a une résonance toute particulière dans ce musée et pourrait rappeler le coût humain qu'a nécessité le chemin de fer reliant Matadi à Léopoldville. " Le " coût humain ", cela est dit timidement, mais c'est dit. De ce train, Stanley avait démontré à Léopold que, sans lui, le Congo ne valait pas un penny.
Pour commercer il fallait accéder à la mer par le fleuve et contourner par le rail ses impraticables cataractes. Il y a sur l'histoire dramatique de la construction de ce chemin de fer, un livre paru en 1958, La Bataille du rail, écrit par René Cornet, lui-même fils d'un des explorateurs belges du Katanga. Le livre se lit comme un roman dont le héros s'appelle Albert Thys. Ce jeune militaire a joué un rôle décisif dans la gestion des affaires de Léopold II au Congo et singulièrement, il a été l'homme du chemin de fer. En 1889, il travaillait à son financement quand un jeune Polonais vint le voir. Bientôt, sous le nom de Conrad, le marin Joseph Konrad Korzeniovski serait l'un des meilleurs romanciers anglais de cette fin de siècle. Mais alors, il cherchait du travail et Thys l'envoya au Congo. C'est bien plus tard qu'il raconta.
En 1898, Lord Kitchener écrasa les Soudanais à Omdurman. Le jeune Winston Churchill, qui assistait à la bataille, raconta comment les Anglais, déployant canons et mitrailleuses contre les armes blanches et les fusils à un coup de leurs adversaires, tuèrent onze mille guerriers derviches.
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