La chaleur était étouffante mais, d'après la radio, la qualité de l'air était acceptable. " Fly est un film qui montre une femme nue, couchée. Une mouche marche sur elle. Au début, il n'y a qu'une mouche puis il y en a beaucoup. Et jusqu'à la fin du film, on ignore si cette femme est morte ou non. Peut-être dort-elle, peut-être est-elle morte. Et c'est la position que nous avons toutes dans cette société. On exige de nous d'être passives, de faire comme si nous étions mortes ou endormies ". Ces films et d'autres comme Bottoms, Erection ou Walking on thin ice, sont présentés dans le cadre de la première grande rétrospective des œuvres de Yoko Ono que la Japan Society vient d'accueillir à New York avant une pléiade de prestigieux musées américains. L'exposition s'appelle " YES " d'après cette œuvre qui invite le spectateur à monter sur une échelle blanche. Tout en haut une loupe lui permet de lire difficilement le mot " Yes " écrit au plafond en caractères minuscules. Dans la galerie londonienne où elle exposa " Yes " en 1966, le premier visiteur s'appelait John Lennon.
Ce n'était pas étonnant. Les Beatles n'étaient pas passés des yéyéyé de " She Loves You " aux sophistications de " Tomorow never knows " seulement par la grâce du cannabis et du LSD mais aussi par la fréquentation des galeries d'avant garde et une ouverture croissante aux musiques contemporaines. " Sergent Pepper's " ou " Magical Mystery Tour " étaient leurs essais de synthèses psychédéliques des scènes hip et pop. Mais le tandem John & Yoko choisit une autre voie : opposer, plutôt que fusionner, un rock plus sauvage et des sonorités expérimentales plus radicales, en les unifiant dans une même contestation politique. Devenus les amis de la New Left anglaise puis des radicaux américains Jerry Rubin, Bobby Seale et Abbie Hoffman, ils chantèrent pour la paix au Vietnam, pour John Sinclair, pour Angela Davis, pour les victimes irlandaises et pour les femmes. Leur collaboration reste une expérience unique de rencontre entre l'avant-garde et l'art de masse.
Mais de tenter cette aventure avec une star mondiale, Yoko payait le prix fort:
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