Ainsi s'affirme le triomphe de la biologie pour qui la procréation relève de la nature, sur la psychanalyse pour qui elle est un fait de culture. Dans cette culture, transmettre son nom n'était pas pour le père un droit mais un devoir. Celui qui s'y refusait était considéré comme un homme lâche et irresponsable. Mais ce qui signe désormais la paternité, ce n'est plus le nom du père, c'est son ADN. Ce père qui peut même, par gamettes interposées, engendrer une fois mort, on peut aussi comme Yves Montand le déterrer pour prouver sa paternité. Qu'importe alors le nom du père ?
Le nom de famille quitte le monde de la filiation pour celui du patrimoine, linguistique ou génétique, et donc celui de la gratuité et de la loi pour celui de la propriété et du choix. Comme une marque déposée, nous choisirons bientôt le nom de nos enfants pour ce qu'il vaut à nos yeux ou à la bourse des valeurs du jour : un nom à particule plutôt qu'un roturier, un beau nom plutôt qu'un vilain, un nom bien de chez nous plutôt qu'un Mohammed ou inversement un nom exotique plutôt qu'un Martin. Les enfants heureusement ne s'en soucieront pas trop, ils liront les Schtroumpfs (2).
(2) Le 24 novembre 1999, Claudine Drion et Fauzaya Talhaoui ont déposé pour Agalev et Ecolo une proposition de loi pour " supprimer les discriminations entre hommes et femmes dans la transmission du nom à l'enfant ". Els Van Weert a déposé sa proposition de loi le 26 avril 2000. Avec Karel Van Hoorebeke (Volksunie-ID) elle a également déposé le 25 janvier 2001 une proposition de loi qui prévoit que les enfants puissent porter le nom de leur beau-père puisqu'il exerce de facto l'autorité parentale avec leur mère. En France, la proposition de loi est déposée par le député Gérard Gouzes et défendue par Yvette Roudy, ancienne ministre de la condition féminine connue pour avoir fait adopter plusieurs lois importantes en faveur de l'égalité entre hommes et femmes. Les citations sont extraites de leurs textes.

Ces textes ont paru dans "Il y eut en soir, il y eut un matin, ce fut l'an 01", éditions De la démocratie, Bruxelles, janvier 2002.

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