Le grand biologiste Jacques Ruffié, s'en inquiète: " Ce capital culturel s'effrite tous les jours, lentement, mais de façon inexorable. La loi peut encore le préserver, en acceptant que les nouveau-nés puissent porter le nom du père ou celui de la mère. Souhaitons que nos gouvernements interviennent en cette fin de siècle, avant que, dans un avenir prévisible, tous les Français de souche ne s'appellent Martin".
A ce fantasme d'apocalypse, un député proche de la droite extrême ajoute le sien : "Nous devons agir pour éviter que, dans un siècle, un quart de la France ne s'appelle Mohamed". Sous entendu : quand l'un de ces Mohamed aura séduit et abandonné l'une de nos Martine, le nom de la mère effacera pudiquement les traces patronymiques de la honte familiale. L'enfant pourra s'appeler Martin.
Mais les arguments en faveur du patrimoine onomastique et du caractère national des noms de famille ne sont que d'appoint. Le principal est féministe.
Les discours des différents élus qui, en France et en Belgique, proposent ces changements soulignent que la transmission du nom du père à l'enfant est une des discriminations " les plus flagrantes " à l'égard des femmes. Tout simplement " le symbole le plus visible du patriarcat hérité des sociétés féodales de nos contrées ". Au travers des lois sur l'interruption volontaire de grossesse, les femmes sont désormais seules à décider de la naissance d'un enfant. Qu'elles choisissent la naissance ou l'avortement, les hommes ne peuvent plus s'opposer à leur volonté. Si la procréation est ainsi devenue, en droit, une matière exclusivement féminine, " pourquoi les femmes n'auraient-elles pas le droit de transmettre leur nom? ". " C'est pourtant la femme, écrit Els Van Weert de la Volksunie, qui porte l'enfant pendant la grossesse, le met au monde et s'occupe ensuite principalement de l'élever ". Cet enfant devrait donc porter le nom de sa mère mais par souci de modération, elle accepte qu'il porte un nom composé des noms de ses deux parents, celui de la mère en premier. Les mères donnent à l'enfant 50% de son patrimoine génétique, elles lui donneront 50% de son nom de famille.
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