Les roses de Monsieur Müller

Dans les films des années d'après guerre, les Allemands parlaient prussien. Le ton était rauque, la langue davantage criée que parlée. En fait, ils ne parlaient pas allemand mais nazi. Monsieur Müller, lui, parle l'allemand de cet air chantant et doux, caractéristique des régions du sud, de la Bavière en particulier. Belle chevelure blanche. Moustache blanche. Elégant. Tout le monde, ce soir-là, n'avait d'yeux que pour lui. Oubliant modestement son propre rôle, Franz J. Müller parlait de cette jeune fille, Sophie Scholl et de sa rigueur morale, de sa sincérité, de sa détermination, de son courage. Comme si lui, après tout, n'avait rien fait de bien extraordinaire. Il avait acheté des timbres et des enveloppes, avait copié les adresses avec son ami Hans et Suzanne les avait glissés dans une boîte aux lettres de Stuttgart. Un banal " mailing " si ce n'est que c'était en 1943 et que les trois jeunes gens avaient posté deux mille cinq cents exemplaires d'un tract antinazi.

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