Comment ne pas partager la conviction de Roméo Dallaire, commandant des forces onusiennes qui a toujours insisté sur le fait qu'avec un effectif de 5 000 hommes et un mandat approprié, la MINUAR (5) aurait pu empêcher la plupart des tueries. En 1998, plusieurs institutions américaines décidèrent de vérifier la validité de cette affirmation. La Carnegie Commission on Preventing Deadly Conflict, l'Institute for the Study of Diplomacy de l'université Georgetown à Washington D.C. et l'armée américaine entreprirent un projet commun en vue d'examiner l'effet qu'aurait pu avoir une force militaire internationale. La conclusion était catégorique : "Une force moderne de 5 000 hommes [...] envoyés au Rwanda à un moment quelconque entre le 7 et le 21 avril 1994 aurait modifié de façon importante l'issue du conflit [...] des troupes convenablement entraînées, équipées et commandées, et envoyées sur le terrain au bon moment, auraient pu endiguer la violence dans la capitale et les alentours, empêcher qu'elle ne gagne les campagnes et créer les conditions menant à la cessation de la guerre civile…(6) "
Le génocide aurait pu être évités si la communauté internationale avait eu la volonté d'en accepter les coûts. Or, cette volonté, plutôt molle avant le 6 avril, disparut complètement au début du génocide. Loin d'encourager l'envoi de troupes en nombre suffisant, les meurtres des casques Bleus belges et le retrait par la Belgique de son contingent eurent l'effet contraire. C'est en fin de compte la victoire du FPR, l'armée de libération du Rwanda
composée en majorité de Tutsi, qui mit fin au génocide et sauva les rares survivants. Il va sans dire que les Rwandais qui organisèrent le génocide et le mirent à exécution doivent aujourd'hui en assumer l'entière responsabilité ; d'où la création du Tribunal Pénal International d'Arusha. Une part de responsabilité ne doit pas moins être assumée par l'ONU et les trois principaux gouvernements impliqués :
" le personnel des Nations unies pour avoir manqué de fournir des informations adéquates aux membres du Conseil de sécurité et de s' être abstenu de les
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